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par DAN AR BRAZ
En Bretagne, Il y a la terre et la mer, la forte proximité de ces deux éléments m’est indispensable.
Quand on vit dans une ville, on se cache derrière des faux semblants. Ici, on ne peut pas tricher avec la mer. Quand elle est calme, elle vous apporte la sérénité. Quand elle est dans ses mauvais jours, elle vous oblige à l’humilité.
Ce lieu, c'est tout cela avec en plus la grande nostalgie de l'enfance. Je le dis d’ailleurs avec de plus en plus de force : Le seul pays d’où je suis, c’est le pays de l’Enfance et je pense que beaucoup de gens se reconnaissent dans cette définition.
Quand je reviens chez moi, je pousse la porte de paix. Cette paix que nous recherchons tous et avec laquelle nous tentons de gérer tous nos manques et plus particulièrement les manques affectifs, même si nous n’avons pas vécu l’enfer. Nous avons tous des blessures de l’enfance, des bleus à l’âme.
Le métier de musicien m’a donné la chance de découvrir des pays, des peuples, des gens différents.
La musique m’a poussé à franchir les frontières. Sans elle, je n’aurais sans doute jamais voyagé.
J’aurais perdu beaucoup de choses. Je serais peut-être devenu vieux con !
Mais vivre à Quimper, c’est connaître toutes les rues, reconnaître les visages. Pour moi, c’est vital. Je ressemble ainsi à ces hommes qui cultivent la terre, qui ont pour celle-ci un attachement profond.
Moi, je suis de leur race. Je suis un paysan de la Musique.
Tout cela peut paraître paradoxal, voire contradictoire. D’un côté j’apprécie la solitude, de l’autre j’aime la fréquentation des gens. Mais je ne peux rencontrer ces derniers que si j’ai eu ma dose de solitude.
Les dernières années, avec "L’héritage des Celtes" , j’ai été tellement bousculé que je ne supportais plus d’être mis en vedette. Je voulais me retrouver.
Or, dans la vie, on se retrouve toujours face à soi-même que ce soit dans les difficultés ou le bonheur. Puis, à cette époque, il y avait une distorsion entre ce que je suis et ce que je n’arrivais pas à être, entre ce que j’aurais voulu être et la perception de mon personnage par les autres.
Je suis discret de nature. Je suis un solitaire qui aime les hommes et les rencontres mais toujours dans la simplicité, la discrétion. J’ai besoin de cette alternance entre solitude et Société.
J'ai trouvé dans la solitude quand j'allais à Dublin, à chaque enregistrement, un plaisir simple : boire une bière, tout seul, pouvoir regarder les gens sans être dévisagé.
J'adore la simplicité, être autour d'une table avec un verre de vin, rigoler, faire la fête.
Dans un bistrot, il y a des gens de toute sorte, c’est ce qui me plait. Cette convivialité passagère.
Je suis heureux de me perdre dans la foule. Elle m’enrichit et en retour, elle donne plus de sens à ma solitude.
La difficulté, c’est d’arriver de trouver un juste équilibre entre l’artiste qui trouve son réconfort et sa force dans la musique et l’homme qui affronte la scène et le public. Alors, il faut se débrouiller, c’est tout le problème..
Quand je considère ma carrière, j’avoue que cela me fait parfois sourire. Et je m’interroge : Ai-je réussi parce que j’ai su attendre ? Facile à dire, maintenant.
Je reste cependant persuadé qu’à un moment sonné, sur ma route, j’ai rencontré les bonnes personnes, celles qui ont cru à mon talent.. Puis il faut ajouter que j’ai travaillé dur, très dur et que je suis resté cohérent avec moi-même.
Lorsque je jouais, au fin fond de la Californie devant deux ou trois personnes, je me donnais autant de mal que devant cinquante mille personnes au Stade de France. Je me disais : « ce n’est pas de leur faute s’ils ne sont que trois, c’est de la tienne. ».
J’aurais pu crever de solitude, il y a deux ans environ. Je m’étais enfermé sur moi-même. Je ne voulais pas écrire ce nouvel album que l’on me proposait. Aujourd’hui j’admets que cela aurait été une connerie !
Après "les volets blancs" , je ne voulais plus chanter. Je voulais être un barde sans "mots". Rien que de l’instrumental. J’étais ambitieux. Je voulais que ma musique parle à l’univers. Plus de frontières, plus de drapeaux, plus de passeports…Sur la Bretagne, j’avais dit ce que j’avais à dire. Donc, je préparais un album qui n’était pas toutefois une suite des "volets blancs" mais qui était constitué de morceaux que j’avais dans les tiroirs.
Des personnes qui aiment ma musique m’ont dit alors « Dan, tu peux faire tout ce que tu veux mais ne crois-tu pas que ce serait dommage de passer à côté d’un album où il y aurait ceci et cela… » On a discuté. Au début, j’ai dit : « foutez moi la paix ! » Ils n’ont pas insisté…
Aujourd’hui, je pense qu’ils avaient raison. Si j’avais enregistré cet album instrumental, ma carrière se serait terminée sur une voie de garage… qui aurait pu, malgré tout, être assez confortable. J’aurais joué dans des concerts de jazz ou de blues.. J’ai d’ailleurs eu toujours le sentiment de mettre du blues dans ma musique. Bref, je ne voulais plus composer que de la musique instrumentale, je ne voulais plus être sur le devant de la scène. J’en avais marre de Dan Ar Braz !
Voilà…Aujourd’hui, je me trouve à l’opposé de ma décision.. Je Chante, oui je Chante…. Comme j’ai jamais chanté… toutes mes déchirures sont là.. Quand j’ai chanté Xavier Grall, j’étais un écorché vif comme lui. Nos souffrances se croisaient , se ressemblaient. Quand je l’ai rechanté, j’ai baissé d’un ton . Si je devais le rechanter, je le ferais avec plaisir mais dans la sérénité.
Je suis bluffé par le résultat de ce nouvel Album… Vraiment bluffé. J’ai huit textes, deux de Clarisse Lavanant, deux de Jean-Jacques Goldman, quatre sont de moi dont un a été adapté en breton par Loeiz Guillamot… oui, je suis bluffé !
J’ai envoyé à Clarisse Lavanant, qu’ un ami Michel Aumont m’avait recommandée, deux musiques en lui précisant : Celle-ci, c’est la route vers l’Ouest, celle-là c’est sur les gens d’ici...Trois jours plus tard, je recevais les deux textes… J’ai attendu encore trois jours avant de commencer à les chanter. Certains des mots écrits pas Clarisse, je n’ai pas pu les chanter tout de suite. Il m’a fallu du temps car, à certains passages, je pleurais d’émotion. Un instant, je me suis demandé si je parviendrais à chanter ce texte.
Puis il y a Goldman…Jean-Jacques a eu la gentillesse de rédiger une petite chronique sur la mémoire des "Volets blancs".
Goldman, c’est un ami. J’apprécie sa manière d’être, de travailler. On s’est rencontré. On a discuté, on a correspondu.. Quand cet album était en gestation , je l’avais vu à Brest lors d’un concert. Je lui avais dit : « Jean-Jacques, j’aimerais bien que tu m’écrives un texte » je voulais qu’il m’écrive quelque chose de profond mais d’une manière légère. C’est ce qu’il a magnifiquement fait avec « Je m’en vais demain »..
Je lui avais, en effet, confié que je n’étais pas un voyageur bien qu’on parte toujours pour quelque part… pour moi, les vrais voyageurs ,ce sont les personnes qui vont en Afrique, en Asie ou en Amérique latine soigner les miséreux, construire des écoles et parmi eux, il y a beaucoup de bretons surtout dans les domaines agricoles. Ils en parlent peu…toujours cette pudeur, ces blessures que nous ont léguées nos ancêtres.
Je vous l’ai dit j’aime les choses exprimées de manière légères.. Elles parlent aux gens sans qu’on aille chercher midi à quatorze heures..
Puis il y a la seconde chanson de Jean-Jacques. J’avais découpé des articles de presse ayant trait à l’alcoolisme et au suicide des bretons. Cette réalité me touche profondément. Je n’admets pas qu’on puisse rire de cela. Les gens se moquent de cette désespérance bretonne.
Jean-Jacques a lu ces articles et il m’a écrit un texte dans lequel il ne parle jamais de suicide. Cette chanson est terriblement belle. Quand je l’ai lue. J’étais vert. J’ai eu beaucoup de mal à la chanter jusqu’au bout.
Enfin pour les textes en anglais, j’ai retrouvé une dame qui fait partie de mon univers : Elaine Morgan, la Galloise. Elle chante de manière magistrale… Je suis bluffé du résultat. J’écoute cet album, je le re-écoute. J’entends les mots. Je ne reconnais pas ma voix. Incroyable !
Je n’entends que la signification de chaque mot. Je n’aurais pas écrit cet album sans les personnes qui m’ont fait confiance, sans une maison de disques qui me soutient encore à l’époque de StarAc… avec ma tronche et l’âge que j’ai.
On m’a donné les moyens de faire ce que je voulais faire. Magnifique non ? Donc voilà, toutes les pièces, tout le puzzle, Dan ar Braz s'est remis en place de lui même. J'ai eu beau tout faire pour bousculer toutes les pièces du puzzle : « non tu ne chanteras plus, tu vas rester dans ton coin puis ploc ! ploc ! ploc ! »Et voilà l'album, d'une cohérence indescriptible et puis je me dit : c'est tout ce que je sais faire. Si c'est ça que je sais faire, écrire des chansons. Les faire chanter par les autres quand il le faut. Les chanter moi même quand c’est opportun. Passer à l'instrumental quand c’est nécessaire. Oser les écrire et les jouer plus pimentées, plus relevées, sur ce fond de rock'n roll de mon adolescence. Enfin ne pas oublier les chansons retenues, pudiques quand il y a cette retenue, cette pudeur comme exigence. Tout cela fait partie de mon personnage.Et puis, j'ai réussi à dire aux gens d'ici que je les aime.
A toi et ceux, c’ est une déclaration aux gens qui ont peuplé mon enfance, ceux qui sont toujours là, ceux qui sont partis, ceux qui m'accompagnent et qui sont les gens de mon pays, les gens d'ici.
 
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